Semons l'Amour

Marathon 27/100 : 46 km, (Rabla – Blumeau)

Définition “Intuition” : Connaissance directe, immédiate de la vérité, sans recours au raisonnement, à l’expérience. Larousse

C’est en écoutant une interview de Laurent Gounelle que j’ai particulièrement réalisé que j’utilisais cette faculté scientifiquement démontrée, reconnue par le Larousse mais peu par notre société, constamment.

Pour m’orienter sur un tel périple par exemple, trouver ce dont j’ai besoin au quotidien et surtout me lancer dans ce projet. Je dois l’utiliser à plein pour gérer les innombrables paramètres.

Laurent Gounelle estime que l’intuition est captée par le corps. De manière différente pour chacun. D’où la nécessité de se connaître, d’essayer aussi pour savoir.

Moi, j’observe que j’aime me placer dans des situations qui m’obligent à l’utiliser. Un mix très personnel de sécurité/insécurité.

Et je crois que la question première est “qu’est-ce que je veux vraiment ? Et en quoi cela va aider, au-delà de moi ?

A 6h10, me voilà à m’accrocher à la main courante de l’escalier pour descendre les 3 étages de l’hôtel. Un monsieur de 80 ans veut monter. Il m’avise, me fait signe de prendre mon temps et se marre que je sois d’évidence prioritaire ce matin sur lui.

Mais en vérité, mon corps a simplement besoin de se mettre en mouvement, tout doucement et que tout s’assouplisse pour pouvoir prendre mon rythme.

Je vise les 46 km aujourd’hui pour terminer le plat et être prêt à de nouvelles étapes avec de gros dénivelés et où les orages pourraient bien me rappeler qui est le maître.

Quand on est rendu au 27e, la tentation pourrait venir de considérer qu’il n’y a pas de raisons de ne pas continuer longtemps. Au moins jusqu’aux grandes chaleurs, au moins jusqu’aux frontières des Hommes.

Mais vous voyez, je pense que la vie avait envie que je vous parle d’humilité aujourd’hui.

J’ai un peu forcé pour atteindre Terlano, km27. Juste quelques arrêts photos. Sans doute un peu de manque d’eau, un dîner moyen hier soir et surtout un muscle saturé par le même mouvement depuis 27 jours.

A l’arrière de la cuisse, une contracture violente me saisit. C’est comme un petit muscle, un rameur du gigantesque bateau dont j’ai la charge qui ne lâche pas son poste. Non, il fait bien pire, il lève la rame, heurte celle des autres, bref, met une pagaille dans le projet collectif de sorte qu’au moment où chacun des membres de l’équipage note l’existence de ce rameur, tout le monde comprend qu’il peut à lui seul faire couler le projet.

Évidemment, dans un monde capitaliste parfait, j’aurais licencié fissa le muscle pour peut-être même le remplacer par un plus jeune et moins cher, voir un truc en carbone qui pose pas de questions.

Mais mon corps étant une vieille machine artisanale, pour laquelle j’ai néanmoins beaucoup de gratitude et même un peu d’admiration, voici ce que j’ai fait.

La première seconde, j’ai dû penser un mot qui commence par la lettre M.

La cinquième seconde, il m’en a fallut 3 autres pour me rappeler que la première réaction n’allait pas beaucoup aider, j’ai commencé à bien respirer, à m’isoler du reste de l’équipage pour prier. C’est là qu’intervient l’intuition. Dans cette zone de silence en moi, je vais chercher les informations de la bibliothèque infinie pour gérer au mieux la situation.

Quand mon corps détenait la vérité du moment, je suis alors redescendu parler à l’ensemble de l’équipage et j’ai dit ceci.

“Le petit muscle de l’arrière est fatigué. Il nous rappelle à tous qu’il a donné plus qu’il ne pouvait. Cela pourrait arriver à chacun d’entre vous un jour.

Je souhaite qu’ensemble nous avancions.

Dans la durée, nous aurons besoin d’absolument chacun. Alors nous allons ralentir l’ensemble du navire. Aussi longtemps que le petit muscle en aura besoin pour retrouver sa place parmi nous.

Pour l’instant, je propose qu’il se repose au premier café venu. Nous lui donnerons de l’eau, nous le masserons, nous lui dirons comme il est important pour nous.

Et puis nous repartirons tous ensemble quand ce sera le bon moment pour lui. Je laisse chacun de vous, se concentrer, depuis son coeur, pour savoir ce qu’il peut faire pour gérer au mieux cette situation.

Si le petit muscle doit prendre une place plus simple pour l’instant qu’on l’a lui donne.

Vous saurez ainsi tous, que chaque fois que l’un de vous sera en souffrance, il pourra compter sur tous les autres et que vous aurez, quoiqu’il se passe, toujours une place.

Quand nous atteindrons notre port, vous saurez alors ce que veut dire “Nous”. Vous saurez qu’il n’est rien d’autre que la part sublime de chacun de vous”.

Du 27e km jusqu’au 41e, je suis resté dans la soute avec chacun des hommes. Je sentais un orteil qui s’accrochait davantage, la hanche qui delestait le petit muscle. J’essayais d’épauler ceux qui en avaient besoin, au bon moment et puis j’ai commencé à chanter. Du Patrick Fiori. Je vous donne tous mes trucs… A essayer d’avoir un pas plus léger aussi.

C’était pour moi beaucoup d’énergie pour passer cette tempête. Elle reviendra peut-être demain… Ou bien une autre sorte. Qui sait ce qui arrivera…

Là, j’ai bien sûr puisé l’énergie dans vos messages. C’est important pour moi de voir que d’autres se nourrissent de l’espoir que je porte. Nous sommes, déjà !

Mais ce qui a fait aujourd’hui surtout ma capacité à réagir du mieux que je pouvais, c’était de lire l’article sur le Soudan.

Une ambassadrice de l’ONU annonçait que les colères de 2 camps soudanais allaient conduire à la mort notamment de famine, de 2,5 millions d’hommes, de femmes, d’enfants d’ici fin septembre.

C’est moi qui précise que la cause est la colère. Eux, dans le journal, ils disent la guerre.

Je n’avais pas besoin de convaincre le petit muscle de l’importance que nous puissions répondre aux journaux, à ceux qui les lisent, aux ambassadeurs devenus comptables impuissants, que l’horreur qu’ils annoncent en 1 ligne n’est pas une fatalité. C’est le choix d’hommes, éloignés de leur humanité parce qu’on ne leur a pas poser cette question en promettant de les aimer : “Et pour toi, qu’est-ce que l’amour ?”

Lamine, le Maire de Trélazé a promis de me rejoindre si je parviens à Jérusalem. Tant d’autres œuvrent. A leur manière. Nous serons peut-être des millions à clamer et à montrer que nous ne sommes pas impuissants.

Moi, j’y vais pour aider un homme à cesser la guerre. Je n’ai pas le plan. Mais je sais que l’intuition peut me faire accéder à la puissance dangereuse, et en même temps si sublime des orages.

Vous savez, ces éclairs qui peuvent éteindre une ville entière. Que le plus puissant des hommes craint.

En repartant du km 41 où j’ai eu la bonne idée de manger, vu qu’il était 13h, je recourrais presque correctement.

Mais je n’avais qu’une envie, ne pas galérer pour trouver où dormir. Les hôtels sont très chers dans le Tyrol. Facilement 130 €.

J’avais vu des photos de l’hôtel de Blumeau. Quelque chose de désuet qui m’a attiré.

Le patron est au bar quand j’arrive sous 31 degrés d’un bitume fondant. Il boit avec des pompiers, désabusés d’une forêt ou quelques bébés des mains de flammes qu’ils venaient de sauver.

Je raconte d’où je viens, où je vais….

Le patron me dit : “viens, je te montre. Tu prends cette chambre. Tu me fileras 50 € et ce sera parfait !”.

PS : j’ai lu que plein d’artistes que j’adore vont faire un concert pour que de l’aide humanitaire soit envoyée à Gaza. N’hésitez pas à leur dire (certains sont accessibles parfois via les réseaux sociaux) que pour que cette aide parvienne, il faut qu’Israël le veule bien. Où que nous l’imposions. Nous avons le poids de l’opinion publique visiblement mais il manque l’acte. Dites leur que j’y vais. Et que si nous sommes 1 million là bas, ils pourront distribuer leur aide à des personnes vivantes.

PPS : Dites leur aussi, que j’ai besoin que l’ambassade m’aide à traverser la Syrie. Parce que mon petit muscle et moi, on sait que l’humilité est très compatible avec la puissance.

PPPS : Je vous aime. Profitez j’aime pas trop dire ça.

PPPPS : belle fête de la musique à tous. Bel été. Bien sûr qu’il n’y a pas que Patrick Fiori dans la vie.

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